Dieudonné BETAYENE, expert et formateur en apiculture au Centre pour l’environnement et le développement (CED) à Yaoundé
Dieudonné BETAYENE, expert et formateur en apiculture au Centre pour l’environnement et le développement (CED) à Yaoundé, donne les astuces pour produire du bon miel, et organiser la filière apicole au Cameroun.

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Qu’est-ce que l’apiculture ? Et qu’elles sont les pratiques apicoles en vigueur au Cameroun ?
L’apiculture est l’art d’élever et de prendre soin des abeilles pour tirer (avoir en récompense) le meilleur profit des produits de leur travail, tout en faisant naturellement/gracieusement beaucoup de bien aux plantes et cultures environnantes dans un rayon de 3 km voire plus. Très peu d’apiculteurs sont réellement formés et se sont véritablement conformés aux moeurs des abeilles au Cameroun. Il y a un peu de tout et ça va dans tous les sens et n’importe comment, le résultat vérifiable étant le niveau de qualité des miels et l’infime diversité des produits des abeilles.
Avec le climat changeant et les saisons qui ne sont plus coupées nette, l’apiculture a besoin d’être réellement enseignée et pratiquée telle qu’il se doit comme véritable activité agricole nécessitant du temps, un souci et un suivi constants pour ses abeilles, mais qui comparée aux autres activités agropastorales s’avère multi avantageuse.
On ne naît pas apiculteur et on ne le devient pas par hasard, il faut se trouver une raison personnelle pour s’intéresser aux abeilles.
Devenir apiculteur : qui, pourquoi et comment ?
De moins en moins du miel de qualité est produit en quantité
suffisante pour tous. Lorsqu’il existe, il coûte cher. Et l’on voit proliférer du « miel » de piètre qualité, véritable bombe à retardement pour la santé publique et pour tous. Devenir apiculteur, c’est s’engager de manière concrète et bénéfique, contre la vie chère (pourquoi se plaindre de la cherté ou de la mauvaise qualité de ce qu’on peut produire soi-même ?) et contribuer naturellement à la résolution des problèmes environnementaux qui nous concernent tous, en devenant avec les abeilles, sentinelles de l’environnement et premières acteurs véritables de la santé de l’humanité : nous sommes ce que nous mangeons.

On ne naît pas apiculteur et on ne le devient pas par hasard, il faut se trouver une raison personnelle pour s’intéresser aux abeilles, pas d’intérêt pas d’action et matérialiser sa conviction par l’engagement à se former pour savoir débuter en apiculture « même si vous êtes doué, un don sans formation c’est du gaspillage ». Le savoir-faire apicole est simple et à la portée de tous.
Enfin prendre la décision d’effectuer le pas suivant de la mise en pratique par la pose des ruches de préférence modernisée et ne pas être un « apiculteur de chambre », alors on aura le livre des livres apicoles la ruche colonisée par un essaim d’abeilles. La ruche devient dont à la fois une véritable usine et la salle de classe de l’apiculteur pour sa formation continue.

Le succès en apiculture : que faut-il pour produire du miel de qualité ? est-ce juste une question d’équipements de production du miel ?
Produire du miel et autres produits de la ruche nécessite trois choses : des abeilles de souches épargnantes dont la contribution au succès ne sera que de 30%, un environnement propice et riche en plante apicole, pareil 30% et enfin l’apiculteur et son savoir-faire 40%. Aucun succès véritable n’est spontané : l’apiculteur doit effectuer au rucher nombre de visites et d’actions nécessaires et opportunes pour garantir confort, sécurité, santé et force à ses colonies d’abeilles (ruche populeuse), pour les amener à stocker plus de provisions au moment des miellées et s’assurer sa récompense, la bonne récolte du surplus à temps.

Pourquoi la filière apicole n’est-elle pas bien structurée au Cameroun, que faire pour une interprofession apicole forte ?
Sincèrement, je ne sais pas quoi dire. Après le rapport général sur la rencontre de Ngaoundal m’informant de la naissance du REINAC, je n’ai plus eu des nouvelles pouvant me permettre de me prononcer sur ce qu’il faut faire pour la force de l’interprofession apicole. Si j’ai bon souvenir de son plan d’action à la naissance en 2010, j’imagine que 3 ans c’est encore peu pour évaluer la force de la renaissance apicole à une certaine échelle. Vous avez pensé à l’interprofession qui est née hier, avec dans sons plan d’action de rechercher les moyens de sa politique.
Nous nous pensons et recherchons les réalisations du PADFA avec près de 4 milliards de francs CFA à la même période…
Toutefois si je pouvais dire un mot au sujet de la filière apicole au Cameroun, honnêtement je crains qu’une fois encore la charrue ne se retrouve avant les boeufs.

Le miel peut-il nourrir son homme au Cameroun, c’est-à-dire, est-ce une activité rentable pour le producteur?
Les vendeurs de miel se recrutent en grand nombre, et donc logiquement oui, la vente du miel les nourrit bien. Seulement, pour qu’ils revendent et en vivent, combien rachètent-ils aux producteurs pour lui permettre d’en vivre? Y a-t-il un véritable souci d’équité ?... Bien que le miel n’ait pas besoin ou soit interdit de publicité, les vendeurs doivent vivre du miel : ils sont très nombreux chacun voulant bien écouler son stock.
Même ayant la même source d’approvisionnement, ils multiplient les interdits et font montre de leur ignorance ou leur méconnaissance réelle du produit miel vendu, ses qualités et des normes relatives à sa présentation et à sa commercialisation. Il n’y a qu’à voir : conditionnement en bouteille, présentation en litre, qualificatif du « miel » sur les étiquettes, mention des équivalences et des vertus… quasiment tout ce qui est interdit par le CODEX.

On serait alors tenté de dire oui, l’apiculture est également rentable pour le producteur ; mais très humblement, nous pensons que l’apiculture, produire son miel et autre est un excellent complément économique, en activité secondaire, tertiaire ou simplement de retraite. Sa pratique s’intègre parfaitement même à la pluriactivité sans pour autant bouleverser le déroulement des occupations habituelles.
A nous tous et à la filière toute entière nous donnons la mention « peut mieux faire ». Tous les participants de la qualité du miel et tous acteurs de la filière apicole, pour que la durabilité devienne une réalité dans la filière apicole, l’émergence de tous est la résultante des émergences de chaque maillon sur la base de l’équité et du souci collectif à l’exemple de la société des abeilles.
Propos recueillis par Martin Nzegang