Dans le cadre des activités du Laboratoire d’Énergie, Signal, Imagerie et Automatique de l'Université de Ngaoundéré animé par le Professeur Laurent Bitjoka, un séminaire s'articulant autour de la Conception Assistée par Ordinateur dans le Génie Électrique, la Dynamique des Systèmes, l'Electronique de Puissance, la Conversion Electromécanique d'Energie et Les Systèmes d'Electronique Industrielle a été organisé du 1er au 9 avril 2015 et regroupait des étudiants, ingénieurs et enseignants de l’École Nationale Supérieure des Sciences Agricole, l’institut Universitaire de Technologie, et la faculté des sciences de l’Université de Ngaoundéré.

L’objectif du séminaire était d’initier les participants à la conception des systèmes d’électrotechnique industrielle, qui pourraient à long terme aboutir à la conception et la réalisation locale de systèmes de traitement de l’énergie électrique. Les applications de tels systèmes incluent les énergies solaire et éolienne, les véhicules électriques, la traction ferroviaire entre autres.

Le Dr Joseph Song-Manguelle, ancien étudiant de l'École Normale Supérieure d'Enseignement Technique (ENSET) de Douala et actuellement expert du génie électrique dans des applications pétrolières dans la multinationale ExxonMobil et basé à Houston au Texas était l’unique orateur du séminaire.

 

Song-M

Le conférencier qui jouit d'une expérience professionnelle industrielle édifiante de 11 ans à travers différents pays (Allemagne, Suisse, Canada, États-Unis et Russie) et qui depuis 5 ans se met gratuitement au service du Cameroun en encadrant des jeunes étudiants-ingénieurs et enseignants, a accordé une interview à Oumarou Boubakary de CRTV Ngaoundéré."

 

Oumarou Boubakary  : Dr Joseph Song-Manguelle bonjour

Joseph Song-Manguelle : Bonjour

Oumarou Boubakary : Merci d’avoir accepté notre invitation, et vous êtes Senior Electrical Engineer chez ExxonMobil, Houston, Texas, aux Etats Unis d’Amérique.

Joseph Song-Manguelle : Tout à fait. J’exerce chez ExxonMobil depuis 3 ans, comme ingénieur senior en génie électrique. Mais avant cela, avant d’arriver chez ExxonMobil, j’ai fait un autre parcours, dans la recherche.

Oumarou Boubakary : Et vous animez depuis mercredi(1er avril2015), un séminaire dans le cadre des activités du Laboratoire d’Energie, Signal, Imagerie et Automatique, en abrégé LESIA de l’Université de N’Gaoundéré.

Joseph Song-Manguelle : Effectivement, j’ai été invité par le Professeur Bitjoka, qui anime ce laboratoire.

Oumarou Boubakary : Alors Dr Joseph Song-Manguelle de quoi s’agit-il au cours ce séminaire et qui est concerné ?

Joseph Song-Manguelle : Le séminaire concerne essentiellement les étudiants qui ont au moins une licence, donc les étudiants qui sont en Maîtrise 1 et éventuellement en Maîtrise 2, pour qu’on leur transmette une partie des compétences que nous détenons dans notre domaine. Il s’agit, entre autre, de la modélisation des systèmes, de l’électronique de puissance, de la conversion électromécanique d’énergie, et puis, de la manière de penser d’un ingénieur.

Oumarou Boubakary : Pourquoi avoir choisi l’ENSSAI [ndt Ecole Nationale Supérieure des Sciences Agro-Industrielles] de l’Université de N’Gaoundéré pour un tel séminaire ?

 

Joseph Song-Manguelle : Disons que… Le séminaire s’inscrit dans une stratégie que nous avons mise en place depuis 2010. A l’époque, je travaillais encore chez General Electric à New-York, dans l’Etat de New-York, aux Etats-Unis. Et parce que je me suis rendu compte qu’en tant que Camerounais, et vu mes compétences et ce qu’on dispense au Cameroun comme cours, qu’il y avait qu’en même un certain manque de compétences dans certains domaines. Alors je me suis proposé de donner, de transmettre une partie de ces compétences aux étudiants. C’est ainsi qu’on a mis en place un groupe qu’on appelle Groupe de Recherche en Electronique Industrielle et Systèmes…

 

Oumarou Boubakary : Et en quoi trouvez-vous ces manquements, entre les cours dispensés au Cameroun et ceux des USA ?

Joseph Song-Manguelle : Disons que… Je n’ai pas fait mes études aux Etats Unis. J’ai eu mon doctorat en Suisse, à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, après avoir naturellement été étudiant au Cameroun, à l’Ecole Normale Supérieure d’Enseignement Technique de l’Université de Douala. Et en tant qu’enseignant, j’ai un background pédagogique, donc, en tant qu’industriel en même temps, je peux qu’en même me rendre compte de ce qui manque aux étudiants camerounais, pour qu’ils soient des ingénieurs compétents. Je ne suis pas seulement basé aux Etats-Unis, j’ai travaillé en passant en Allemagne, j’ai travaillé en France comme Ingénieur toujours, ingénieur de recherche en Allemagne, Ingénieur responsable d’équipe en France, j’ai travaillé au Canada, avant de me retrouver à New-York, puis au Texas où j’ai passé déjà 3 ans.

 

OB : Il s’agit d’un background comme vous l’avez dit. Alors le séminaire a lieu à l’amphi 150 de l’ENSSAI, et vous venez de dire que ce séminaire concerne les étudiants, du moins titulaires d’une licence. Alors j’ai l’air que ce séminaire concernait beaucoup plus les garçons. Parce que lorsque j’étais de passage de ce côté de l’amphi 150 de l’ENSSAI, il y avait la présence d’une seule fille dans cette salle.

Joseph Song-Manguelle : Ecoutez, moi je propose ce que j’ai à proposer, et je ne sais pas quelle est la constitution des étudiants de l’ENSSAI. Mais les compétences qu’on transmet ne sont pas uniquement destinées aux hommes. Elles sont destinées à toute personne qui veut être Ingénieur dans le domaine. Donc les manquements comme vous avez posé la question tout à l’heure, c’est surtout au niveau de certaines compétences. Parce que l’enseignement au Cameroun, on dit souvent qu’il manque du matériel, mais en réalité, à mon avis, il manque surtout de la compétence au niveau des différents cours qu’on dispense.

Oumarou Boubakary : J’avais envie de dire que le séminaire était payant ?

Joseph Song-Manguelle : Non le séminaire n’est pas seulement gratuit…

OB : …Ou du moins la participation ?

Joseph Song-Manguelle : Non, Non…La participation est totalement gratuite pour les étudiants et je ne suis pas rémunéré pour cela. Je le fais depuis 5 ans. L’année dernière par exemple, j’ai dispensé gratuitement près de 400h de cours en ligne et physiquement. Donc le séminaire est totalement gratuit et il n’y a absolument rien qui est pris en charge par qui que ce soit. On le fait de gaieté de cœur parce que c’est notre pays, c’est comme cela qu’on peut faire en sorte de relever le niveau de nos écoles.

Oumarou Boubakary : Alors Docteur, d’après le communiqué radio mis à notre disposition, ce séminaire s’articule autour d’un programme, entre autre : Conception Assistée par Ordinateur pour le Génie Electrique, Dynamique des Systèmes, Electronique de Puissance, Conversion Electromécanique d’Energie, et Systèmes d’Electronique industrielle. Alors qu’elle est la particularité de chacun de ces programmes ?

 

Joseph Song-Manguelle : Disons que… Ce sont des programmes que j’ai développés en collaboration avec l’un de mes anciens camarades de classe qui est aussi étudiant actuellement au Canada en train de terminer sa thèse, Monsieur Ekemb Gabriel. Les programmes constituent en fait une sorte de contenu dilué de tout ce que j’ai vu comme expérience, de tout ce que j’ai déposé comme brevet. Et j’ai pu injecter dans chacun de ces cours, un ensemble de compétences qui me semblent nécessaires pour tout ingénieur moderne. Donc, par exemple, on fait la modélisation des systèmes, on fait la Conception Assistée par Ordinateur. Dans le cadre de ce cours, on montre aux étudiants-ingénieurs de la nécessité d’utiliser un ordinateur pour résoudre leurs problèmes : Manipuler les modèles, faire des simulations… Donc on leur transmet une certaine compétence dans la modélisation des systèmes.

En dehors de cela, on rentre un tout petit peu dans la Conversion Electromécanique de l’Energie, où on montre aux étudiants des principes de bases sur comment fonctionne un moteur, mais on ne le dit pas comme c’est écrit dans les livres. Vous pourrez voir avec vos étudiants comment on l’a dit. On montre aux étudiants comment fonctionne un moteur électrique d’une certaine façon, telle qu’ils puissent demain eux-mêmes concevoir leurs moteurs.

Alors, il y aussi l’Electronique de Puissance qu’on appelle « Electronique de Puissance de base », qui nous permet de transformer l’énergie électrique. Et dans ce cours-là également, on ne donne pas un cours tout fait, mais on apprend aux étudiants, on leur transmet la compétence de concevoir eux-mêmes des systèmes. Demain nous comptons réaliser nous-mêmes les  équipements pédagogiques, des équipements didactiques, qu’on pense qu’on n’a plus besoin d’acheter. On va les développer nous-même, en collaboration avec l’Ecole Normale Supérieure d’Enseignement Technique, où nous avons qu’en mêmes des étudiants qui sont déjà assez compétents. Et à partir de juin on va commencer à fabriquer nous-mêmes nos modules, qui pourront être éventuellement utilisés dans nos universités ou dans les lycées techniques.

 

Oumarou Boubakary : Et la Conversion Electromécanique d’Energie alors ?

Joseph Song-Manguelle : Pour elle, ce n’est pas seulement le principe de fonctionnement des machines électriques. Mais nous entrons dans la zone de couplage de la conversion électrique/mécanique, où on montre de manière simplifiée, les différentes équations, les différentes équations qui entrent en jeu dans l’entrefer, dans la zone de couplage, pour que les étudiants soient aptes à comprendre de manière simplifiée mais compétente, et relativement complète, comment se fait la conversion électrique/mécanique et mécanique/électrique, non seulement d’un point de vue phénoménologique, mais aussi d’un point de vue analytique, en écrivant les équations de manière adéquate.

 

Séance de travail :

Oumarou Boubakary : D’accord Docteur… Quel est donc l’objectif de ce séminaire en cours ?

Joseph Song-Manguelle: Pour le dire de manière simple, nous avons des compétences, nous comptons les transmettre ou transmettre une partie de ces compétences à ces étudiants qui nous suivent. Donc à la fin du séminaire, ce à quoi on s’attend, c’est que les étudiants soient compétents à analyser certains systèmes, à être aptes à définir par exemple la topologie d’un convertisseur, à l’analyser, à ne plus seulement lire des documents, mais à comprendre ce qu’ils lisent. Et à la fin, l’objectif à long terme c’est que ces étudiants aient ces compétences-là, et qu’ils puissent les mettre au service d’abord de l’enseignement, parce qu’on se dit que, c’est quand on améliore l’enseignement, le milieu éducatif, qu’on parvient à améliorer le milieu industriel.

Donc à moyen terme, on s’attend à ce que nos étudiants aient ces compétences, appliquent ces compétences dans le cadres des sujets de mémoires de maitrise et de doctorat que nous avons définis, et, s’apprêtent à aider les générations futures, afin de créer une certaine chaine de connaissances, qui va s’amplifier avec le temps, et le nombre d’individus qui sont impliqués, tels que, à moyen terme le niveau de compétence de notre pays s’élève, et que nous puissions nous-même résoudre les problèmes d’énergie électrique que nous avons y compris les problèmes de traitement d’énergie électrique.

Oumarou Boubakary : D’accord. Est-ce que cette amélioration de l’enseignement alors passe nécessairement par le séminaire ?

Joseph Song-Manguelle : Je pense que oui, parce que les sujets …

Oumarou Boubakary : Dans quelle mesure ?

Joseph Song-Manguelle : Les sujets que nous avons définis à nos étudiants rentrent dans le cadre d’une stratégie, qui consiste d’abord à consolider les enseignements dont nous disposons et que nous sommes encore entrain de développer. Donc leurs mémoires vont nous permettre d’avoir des cours relativement denses, qui ne sont pratiquement pas différents des cours des meilleures universités américaines, où je pense que, à tout moment je peux décider d’aller y enseigner, si je veux. Mais je préfère le faire au niveau du Cameroun, et ces connaissances vont leur permettre d’obtenir ces compétences, de les mettre au service d’abord de l’enseignement, afin de consolider les compétences des étudiants à venir, donc des ingénieurs à venir… Mais quand un ingénieur a des connaissances, on ne sait pas ce qu’il va en faire.

Oumarou Boubakary : Exactement

Joseph Song-Manguelle : Donc sûrement on s’attend à ce que le niveau de compétences s’élève, le niveau de nos industries, et éventuellement, l’implication c’est que les étudiants pourront peut-être eux-mêmes avoir la possibilité de créer leur propres entreprises, vendre du matériel à bon prix, conçus et réalisés au Cameroun, afin de relever le niveau de vie de la population.

Oumarou Boubakary : Et, Dr Joseph Song-Manguellle, nous sommes pratiquement à mi-parcours de ce séminaire qui porte sur l’électronique de puissance puisque nous sommes le dimanche 5 avril 2015. En fait nous sommes à 4 jours seulement de la fin de ce séminaire. Quel bilan faites-vous à mi-parcours ? Vous pensez que les objectifs escomptés seront atteints ?

 

Joseph Song-Manguelle : Disons que… Je suis d’abord très impressionné par le nombre d’étudiants à disposition. Malgré le fait qu’on a eu des cours pendant le weekend qui est considéré comme un weekend férié. Donc vendredi étant un vendredi férié, les étudiants se sont qu’en même pointés pour pouvoir acquérir des compétences. Donc cela est encourageant, et, je pense que les multiples discussions que nous avons eues avec des étudiants montrent que l’acquisition des connaissances est entrain de se dérouler exactement comme on a prévu, et, c’est encourageant. On voit les questions qui sont posées, on voit le nombre d’étudiants qui vient à l’université à l’heure et qui reste qu’en même longuement. Parce qu’on a qu’en même par exemple au jour de vendredi, eu à peu près 11h de cours ! Donc c’est assez motivant. Et on a parcouru pas mal de ce qu’on a prévu de parcourir donc, on se dit qu’en même que d’ici la fin du séminaire on aura atteint totalement nos objectifs. Donc, pour le moment on est assez satisfait. Et, voilà !

 

Oumarou Boubakary : Alors à combien alors peut-on donc estimer le nombre de participations au quotidien, depuis l’entame de ce séminaire ?

Joseph Song-Manguelle : Par exemple la journée de jeudi, je sais qu’il y a eu à peu près 55 participants. Aujourd’hui je pense qu’on était à un nombre relativement élevé, peut-être 48 ou 50 aussi. Donc le nombre est assez élevé, en moyenne, je me dis qu’on à peu près 50 étudiants. Alors parmi eux, il faut le dire, il y a certains étudiants de notre groupe de recherche en électronique industrielle et systèmes venant de l’université de Douala. Certains d’entre eux sont des étudiants à l’ENSET [ndt Ecole Normale Supérieure d’Enseignement Technique] de douala, d’autres ont terminé leurs études et enseignent déjà. Donc ils participent aussi au séminaire au même pied d’égalité, ils sont venus d’un peu partout afin d’être présents et à participer à ce séminaire qu’on offre à l’université gratuitement à l’université de N’Gaoundéré.

Oumarou Boubakary : Et ce séminaire a commencé le 1er avril et s’achève dans 4 jours, le 9 avril. Avant de sortir de ce studio de la CRTV [ Cameroon Radio and Television]] Adamaoua, un mot à l’endroit des auditeurs.

Joseph Song-Manguelle : Je suis un camerounais parmi tant d'autres à l'extérieur, ayant été formé en partie au Cameroun et en partie en Suisse. J'ai un peu d'expérience, je suis un parmi tant d'autres, j'ai décidé au lieu de m'investir à dispenser des enseignements ailleurs ou je serais payé, à venir au Cameroun, parce que je pense que le pays a besoin de nous. Alors si on le fait de manière ordonnée, nos auditeurs vont se rendre compte que le Cameroun a beaucoup de compétences dans beaucoup de domaines, je ne suis pas seul.

Et ce qu'on espère à travers cet acte, c'est qu'en diffusant cette discussion que nous avons, nous allons motiver ceux qui sont hors du Cameroun à ne pas attendre qu'on les appelle, ou à toujours discuter avec l'administration ou le gouvernement pour aider leur pays, parce que le pays ne s'arrête pas au gouvernement.

Partie de la Délégation venant de Douala

Oumarou Boubakary : Dr Joseph Song-Manguelle, Senior Electrical Engineer chez ExxonMobil, Houston, Texas, aux Etats-Unis d’Amerique. Merci d’avoir accepté l’invitation des « Echos du Campus » ce dimanche.

Joseph Song-Manguelle : Je vous remercie également.

 

 Ambiance relax dans le train