Rita Diba/Cameroon-Tribune

 

controle-securite-entree-batiment

Dans certains lieux où les fouilles ont cours, certaines personnes bénéficient d’un traitement de faveur.

Bip-bip, bip-bip... - « Qu’est-ce qu’il y a dans votre poche ? » - « Je ne sais pas » - « Allez-y ». Conversation entre une cliente et un agent de sécurité dans une banque de Bonanjo. Il n’aura même pas mis dix secondes avec la dame, alors qu’il va prendre son temps pour l’individu suivant… un homme. Sécurité, contrôles, fouilles. Ce sont des notions qui font désormais partie du quotidien des populations de Douala, dans le contexte actuel de lutte contre Boko Haram. Personne n’est donc plus étonné de voir son sac inspecté dans une banque, une agence de voyage, un supermarché… Les résidents de la capitale économique sont même demandeurs. A tel point  que certains – ou plutôt certaines – ont remarqué une différence de traitement dans les fouilles. Avec comme numéros gagnants, les femmes.

C’est le cas d’Anne-Marie K., résidente à Bonapriso. La semaine dernière, la quinquagénaire se rend dans son supermarché habituel, où son sac est fouillé et elle-même soumise au détecteur de métaux. Jusque-là, pas de souci pour la dame, coopérative. Sauf qu’elle est étonnée, quand elle revient le lendemain, de voir le même agent de sécurité s’effacer pour la laisser passer sans aucun contrôle. « J’avais pourtant un fourre-tout ! », s’exclame-t-elle, perplexe. Une autre histoire de supermarché, c’est celle d’Arielle Y., le 16 août dernier. Le même agent de sécurité qui l’a laissée entrer avec une bandoulière stoppe un monsieur baraqué sans aucun bagage quelques minutes plus tard. « Une histoire de gabarit sûrement », ironise-t-elle.

Tout aussi amusée, Paule D. raconte qu’elle est entrée dans une grande banque de Bonanjo sans être stoppée, l’institution ayant pourtant été parmi les premiers privés à se conformer aux nouvelles recommandations de sécurité et donc disposant du matériel de contrôle. « Normal, je suis jolie », lance-t-elle. Des situations qui ne font pas rire Nina T. : « Je ne comprends pas ce laxisme envers les femmes. Les évènements de Maroua, qui montrent qu’on ne peut absolument pas faire confiance à quelqu’un par rapport à son âge, son physique ou son âge, auraient pourtant dû servir de leçon ».

Et ça c’est pour les lieux qui offrent un minimum de sécurité, parce que Nina T. dénonce un autre cas de figure. Pointant du doigt des vérifications à deux vitesses, avec des contrôles qui semblent n’être le fait que du quartier administratif et de Bonapriso : « Je suis entrée dans ma banque à Bonanjo l’autre jour, j’ai sursauté quand l’agent de sécurité m’a demandé de présenter mon sac parce que je suis une habituée de l’agence de Mboppi et là-bas, il n’y a pas de contrôle, malgré la présence d’un agent de sécurité et d’un élément des forces de sécurité ». Ce n’est pas Liliane E. et Colette M. qui la démentiront, elles qui ont écumé les grandes surfaces d’Akwa le week-end dernier sans voir un seul checkpoint.

Et pour clore le chapitre, Mlle T. évoque les agences de voyage. « Le contrôle s’arrête aux agences qui font le trajet Douala-Yaoundé. J’ai voyagé l’autre jour pour Bafoussam par une agence qui a pignon sur rue sur cet axe. La gare était bondée, mais les gens allaient et venaient comme ils voulaient. Et les enfants qui montent habituellement dans le bus pour vendre des biscuits, bonbons et autres petits articles l’ont fait sans problème. Et sur tout le trajet, malgré les équipes mixtes de contrôle qu’on a croisées, personne pour voir ce qu’il y avait dans les différents sacs », commente la jeune dame.