Devant l’un des nombreux débits de boisson ouverts à Mora ce jeudi 15 octobre 2015, jour de marché, Odette Mbeme, « braiseuse » de poisson, apprête son barbecue. La dame affiche un large sourire. Les affaires promettent.

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Nous sommes un jour de marché. Mora, réputée apeurée par les attaques kamikazes a fait foule. « Bientôt vous verrez comment je serai assaillie par les clients », annonce-t-elle. « Il y a quelques semaines, personne ne pouvait sortir le jeudi car les kamikazes avaient choisi ce jour de grand attroupement pour se faire exploser. Mais depuis quelques jours, la vie a repris. Nous vivons sans peur tout en étant vigilants», confie Timothée Mahamat, habitant de Mora. A Mora, chef-lieu du département du Mayo-Sava, les populations vaquent joyeusement à leurs activités. Autour de 18 h, l’ambiance monte d’un cran. Au quartier Saladané, les débits de boisson sont courus. De part et d’autre de cette rue très fréquentée, les décibels sont lâchés de partout. Le volume est à fond. Le dernier tube de l’artiste Franko, « Coller la petite » ravit la vedette. On le chantonne à tue-tête, peu importe l’âge. Les places assises se font rares dans les débits de boisson. Il faut profiter de cette chaude ambiance avant 20 h, heure à laquelle les activités commerciales doivent s’arrêter, selon un arrêté préfectoral. En effet, dans le cadre de la guerre contre Boko Haram, le Mayo-Sava est le département qui a subi le plus grand nombre d’attaques. Les terroristes ont fait exploser leurs charges dans les villes de Mora, Kerawa et Kolofata. Effrayés par les exactions de la secte Boko Haram, les habitants des villages situés le long de la fron

tière avec le Nigeria ont trouvé refuge dans des localités mieux sécurisées. C’est ce qui explique l’explosion de la démographie de la ville de Mora. Selon Pierre Migne, sous-préfet de cet arrondissement, en avril 2015, Mora a enregistré plus de 52.000 déplacés. Mais depuis quelques semaines, ce chiffre est en chute. Pour ce mois d’octobre, environ 30.000 déplacés y vivent encore. Les autres ont décidé de regagner leurs villages respectifs à cause du calme qui revient par endroits. La confiance revient progressivement avec l’affaiblissement de l’ennemi qui est constaté sur le terrain. Selon le sous-préfet, « l’ennemi ne peut plus faire des attaques grandeur-nature, avec des chars, des canons comme c’était le cas au début de la guerre ». « Les combattants de Boko Haram, dont les QG se trouvent au Nigeria, sont en débandade », nous informe un haut gradé de l’armée camerounaise à Mora. En effet, ces combattants subissent la pression de l’armée nigériane qui est dans une avancée fulgurante vers la frontière. Elle a même déjà repris plusieurs positions où les terroristes s’étaient installés. Il s’agit des villes de Banki, de Gambarou et Bama. Selon les affirmations du sous-préfet, ces terroristes visiblement essoufflés profitent juste de la porosité de nos frontières à certains endroits pour faire des incursions. Selon Babila Akao, préfet du MayoSava, des informations en provenance du front font état du fait que Boko Haram éprouve beaucoup de difficultés de ravitaillement. « C’est ainsi qu’ils sont capables d’acheter un litre de « zoua-zoua » (Ndlr : carburant frelaté) à 5.000 F Cfa au lieu de 350 F, un sac de riz de 50 Kg à 60.000 F au lieu de 20.000 F», révèle le chef de

terre. Comme le sous-préfet, il affirme que les militaires basés dans les postes avancés au niveau de la frontière, notamment à Limani, Fotokol et Amchidé ont même émis le vœu de voir les civils revenir pour leur faire à manger. Pour le cas spécifique de cette dernière ville, le souspréfet de Mora estime que le calme est vraiment revenu. « Il reste juste à faire le nettoyage, car la ville était le théâtre de violents combats entre les terroristes et l’armée camerounaise. Après la bataille, la ville est restée très sale, encombrée par des cadavres qui traînent çà et là», poursuit Pierre Migne. Depuis avril 2015, date de la montée en puissance de la guerre contre Boko Haram, les populations déplacées tout comme les réfugiés reçoivent des dons constitués des denrées

alimentaires, des kits de santé, voire des soutiens financiers. Le tout premier geste qui perdure jusqu’aujourd’hui est le don du couple présidentiel. Les objets offerts sont distribués toutes les semaines aux populations victimes des exactions de la secte Boko Haram. Dans la même logique, plusieurs organisations internationales telles que le PAM, Care, la Croix-Rouge, Inter SOS et bien d’autres contribuent énormément à nourrir ces nécessiteux sous la supervision des autorités administratives. Pour le cas de l’arrondissement de Mora, ce sont 11 cantons et cinq groupements qui reçoivent gratuitement toutes les semaines ces dons. Joël MAMAN