Jean Baptiste KETCHATENG/Cameroon-Tribune

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Le service à domicile se développe aussi bien pour les petits que les grands restaurants.

Un cabas plein de barquettes dans la main gauche, Awa marche d’un pas rapide dans les rues rectilignes de Bonanjo et ne tarde pas à transférer sa charge d’une main à l’autre. D’agréables effluves demeurent après son passage parce qu’elle transporte des plats cuisinés dans un modeste restaurant niché dans un des coins du quartier administratif qui résiste encore à l’occupation des terres par des bureaux. A un demi-kilomètre de son lieu de service normal, cette serveuse de restaurant va porter des commandes qui constituent une bonne part de son activité quotidienne.

Selon Salomé Minka, sa patronne, « ça commence à être considérable ». Au point que trois de ses quatre serveuses sont largement occupées à livrer à domicile et dans des bureaux, la nourriture qu’on lui achète via des appels téléphoniques. Quotidiennement, une cinquantaine de livraisons de ce restaurant se font de cette façon. Dès midi et parfois jusqu’à 15 h, le ballet des serveuses qui vont vers les administrations populaires comme le palais de justice se poursuit. Et c’est bon pour les affaires, estime une autre restauratrice qui a commencé à explorer cette piste en recrutant une livreuse qui n’hésite pas à démarcher des clients habituels.

En fait, pour ces restaurants sans grande prétention, ce sont souvent les consommateurs fidélisés par la qualité de la cuisine qui ont fourni la première ligne de clientèle. « On avait constaté que nos premiers visiteurs, quand on a ouvert le restaurant il y a sept ans, étaient souvent bloqués par leurs activités et ne pouvaient quitter leurs lieux de travail. On leur a proposé de venir servir sur place… A l’époque, on n’avait que nos assiettes en porcelaine. C’était difficile à stabiliser dans le panier et lourd à transporter. Aujourd’hui, on a des assiettes jetables et légères qu’on superpose aisément », conte Salomé Minka.

Il reste cependant les cuillers et fourchettes ou même des verres que demandent des consommateurs qui n’avaient pas prévu de manger au bureau. Et qui peuvent se perdre en chemin… Pour les habitués en revanche, la nourriture vient sans les ustensiles de la table. La difficulté de faire revenir un couteau ou une assiette n’est rien par ailleurs, en comparaison à la pression qui habite employés et gestionnaires de ces Pme de la restauration, à l’heure des commandes à distance. Le téléphone crépite parfois et personne ne veut affronter à l’autre bout du fil un affamé qui « attend son ndolè-porc depuis une heure ».

Et même quand on a servi, les comptes peuvent susciter quelques conflits car la paie se fait souvent en mains propres au livreur… Lequel peut aussi se tromper sur le numéro de la porte où la livraison doit être faite. Sans parler des sempiternelles questions de monnaie car pour les moins chers, la course est facturée entre 200 et 300 F, ce qui n’arrondit pas l’addition, ni ne facilite les remboursements.