Des cadres de ce ministère estiment que l’Etat fait un peu trop pour des jeunes qui ne le reconnaissent pas toujours.
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«Ce programme donne des facilités que beaucoup d’autres n’offrent pas. En effet, les jeunes, recrutés sur simple étude d’un dossier composé de seulement trois pièces (demande timbrée adressée au Minader, lettre de motivation et photocopie de la carte nationale d’identité, ndlr), vont bénéficier au cours de leur prise en charge par le projet de 20.000 FCFA mensuels de frais de subsistance, de matériels et d’intrants agricoles, d’assistance technique des personnels du projet, le tout gratuitement» déclarait en 2013 le délégué régional du Minader de l’Adamaoua. Qui admettait que «c’est vrai que pour la prime de subsistance, des lourdeurs procédurières plombent notre volonté de la leur remettre souvent à temps mais vous comprenez que cela ne dépend pas de nous».

Toutes ces facilités ont pour seul objectif, selon la coordination nationale du Paija:  «La lutte contre l’insécurité alimentaire. Nous demandons seulement aux bénéficiaires de participer au maintien des volumes de production et des prix sur le marché local». D’où la colère de certains cadres du Minader qui estiment que «l’on devrait instaurer un système de remboursement des investissements consentis par l’Etat pour permettre l’éclosion d’une jeunesse jadis oisive et qui ne mesure pas la valeur des efforts réalisés pour l’en sortir». En réponse, les défenseurs du Paija leur opposent le fait que «l’évaluation des projets conçus sur la base d’octroi de microcrédits montre qu’ils brillent par un taux de réussite quasi-nulle et un très faible taux de remboursement».

En bref
En rappel, avant le Paija, il y a eu le Programme d’appui aux jeunes agriculteurs (Paja) créé au début des années 2000. «Le Paja, ancêtre du Paija, n’a pas eu de résultats élogieux. Mal conçu, il n’a produit aucun effet bénéfique sur le monde rural. Les seuls à en avoir tiré profit ceux qui achetaient et distribuaient les brouettes, pousse-pousse, machettes, limes auxquels on ajoutait une petite somme d’argent destinée, disait-on, aux achats des semences», écrivait La Voix du Paysan dans son édition du 7 février 2007 en guise de bilan de ce programme. «Tous ceux qui ont reçu les appuis sont en activité dans leurs exploitations qui, pour certains, n’ont jamais existé, ou, pour d’autres, n’existent plus », poursuit le journal spécialisé dans les questions agropastorales. Qui attribue cet échec programmé à «une lenteur administrative, à l’absence d’un suivi technique et au matériel rudimentaire qui a éloigné les jeunes des plantations et conduit à l’échec du Paija, dans sa conception comme dans sa mise en œuvre».

Le 27 février 2006, Aboubakar Abdoulaye, alors secrétaire d’Etat à l’Agriculture, annonçait que l’Etat du Cameroun allait débloquer FCFA 11 milliards au cours des huit années à venir pour financer les activités agricoles des jeunes. C’était au cours d’un atelier de validation du Programme d’appui à l’installation des jeunes agriculteurs (Paija) dans les nouvelles zones agricoles. Pour la phase pilote, et en raison de leurs conditions agro-écologiques et climatologiques, deux sites furent choisis:
* la localité de Nlobesse (1.000 hectares), dans le département du Dja et Lobo, région du Sud où seront produits et commercialisés la banane et le cacao,
* et Wassandé (250 hectares) département de la Vina, région de l’Adamaoua, pour la culture du maïs.

Le 16 juin 2010, Jean Kuete, alors Vice Premier Ministre, ministre de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), lançait officiellement à Wassandé la phase pilote du Paija. Comme son ancêtre, il est financé par le budget d’investissement public (Bip) et obéit aux règles de gestion des fonds publics dont les plus connues sont « la lenteur et la diversion ».

Publié en association avec Le Quotidien de l’Economie
Auteur:  Bernard Bangda

 

http://www.cemacbusiness.com/2016/09/28/cameroun-paija-gratuit-pose-probleme-should-paija-remain-free/