Monica NKODO | 24-10-2016 08:46

 

Dès leur arrivée par train samedi au petit matin à Yaoundé, les blessés de l’accident d’Eseka ont été évacués dans quatre hôpitaux pour le suivi.

La sirène de l’ambulance rompt un silence lourd, grinçant, affligeant. A chaque son, elle rappelle l’affreux deuil qui recouvre toute la nation. Elle a sonné 27 fois depuis la sombre nuit de vendredi. 27, comme le nombre de blessés graves à modérés en provenance d’Eseka, reçus par le Centre des Urgences de Yaoundé (CURY) jusqu’au matin de samedi. A son entrée principale samedi à 7h, médecins urgentistes, anesthésistes, chirurgiens, infirmiers, brancardiers, attendent l’instant fatidique où le patient sort de l’ambulance.

La tête et le bras recouverts de bandage, une femme endormie est délicatement transportée sur une civière. Plus tard, c’est un homme, épuisé, qui est conduit sur une chaise roulante dans la grande salle. Là, sur des lits où sont marqués leurs noms, les accidentés sont étendus. La prise en charge est rapide. Comme les membres d’un orchestre, chaque personnel du CURY maîtrise sa partition. Quelques-uns ont les nerfs à vif. « Nous sommes restés mobilisés toute la nuit », explique l’un d’eux. Certains accidentés vont en soins intensifs, toujours avec à leur chevet, un corps médical très actif. D’autres, plus chanceux, s’en tirent avec des blessures légères, des fractures, des foulures, un traumatisme psychologique.  


Tous les blessés du jour proviennent de la gare de Yaoundé. Ici, peu après 6h, un train couchette avec à son bord 50 dépouilles et la trentaine de blessés évacués au CURY, à l’Hôpital central, au Centre hospitalier et universitaire de Yaoundé (CHU) et au Centre médical de la police, rentrait en gare. Le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda était du triste voyage-retour depuis Eseka. Dans une gare qui grouille de forces de l’ordre, le Dr Louis Joss Bitang, directeur du CURY et  le Dr Félicien Ntone, directeur  général adjoint du CHU, sont au four et au moulin. La prise en charge débute dès la sortie du train. Elle est physique, mais surtout psychologique. Une cellule d’écoute est mise en place à la gare. « Il y en a qui ont vu leurs proches mourir. Même pour certains personnels de Camrail, c’est la première fois qu’ils vivent un tel traumatisme », explique le Dr Ntone.   


Affalée sur une chaise dans le hall, une jeune dame fait la grimace. Son épaule est de nouveau douloureuse, mais qu’importe, elle remercie le ciel d’être encore en vie. « Je suis sortie du train qui a déraillé sur mes deux jambes. A ce moment-là, je n’avais pas mal, je voulais juste vivre, respirer. Tellement de gens sont morts là-bas», souffle-t-elle. Le discours est quasiment le même pour tous les autres rescapés de cette journée tragique du 21 octobre. Le soulagement, rien de plus, et paradoxalement la culpabilité pour quelques-uns. « Nous sommes vivants. Est-ce que nous avons gagné un concours pour être debout quand beaucoup sont tombés ? », suppute une autre blessée. Vers 10h, le train stationné à la gare est vidé. Le ballet des ambulances vers les différents hôpitaux de la ville s’arrête. Les personnes décédées sont conduites dans les morgues de l’Hôpital central et de l’Hôpital militaire à Ekounou.