Economie
Joël MAMAN | 26-05-2017 13:30

Le lancement officiel de la saison dans cette partie du pays a été présidé mercredi à Maroua par le ministre Henri Eyebe Ayissi.

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Placée sous le signe de reconstitution du capital agricole productif de notre potentiel, la cérémonie de lancement officiel de la campagne agricole 2017 qui s’est déroulée mercredi dernier à Maroua avait surtout pour but de remettre les agriculteurs en confiance. En effet, fait remarquer le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Henri Eyebe Ayissi qui présidait la cérémonie, « les exactions de la secte Boko Haram ont conduit de nombreuses populations à des déplacements forcés et à la déstructuration des systèmes de production existants, surtout dans la région de l’Extrême-Nord ». Face à cette situation d’urgence, le gouvernement de la République s’est mobilisé pour apporter des solutions d’urgence, notamment en fournissant l’assistance rendue nécessaire aux populations des zones sinistrées, à travers le don alimentaire spécial du chef de l’Etat constitué de denrées alimentaires et de produits de première nécessité.
Côté production, le constat s’agissant des régions septentrionales, est que malgré les efforts fournis par l’Etat à travers des appuis et les multiples projets, les populations ne parviennent pas encore à couvrir tous leurs besoins alimentaires. A titre d’exemple, les statistiques révèlent qu’en 2016 à l’Extrême-Nord, la production en céréales était de 654 222 tonnes pour des besoins estimés 817 440 tonnes, soit un déficit de 163 218 tonnes. Ce qui interpelle fortement l’Etat. Ainsi donc, pour cette campagne agricole 2017, le Minader a déclaré que le gouvernement compte intensifier ses efforts à travers la mise en œuvre des actions visant à accroitre substantiellement la production agricole. Cela passe notamment par la mise à disposition du matériel agricole (semences améliorées et plants) au profit des producteurs. D’où l’invitation à l’endroit de ces derniers à repartir avec ardeur et engouement dans les champs, pour qu’en fin de compte la production agricole s’améliore en quantité et en qualité.

Louisette Bamzok: "La demande de semences reste supérieure à l'offre"

Les explications du directeur du développement agricole au MINADER.

La campagne agricole 2017 est en cours à travers le pays. Y’aura-t-il suffisamment de semences de qualité ?
Les productions et les rendements obtenus dans les exploitations agricoles sont  déterminés, à près de 60 à 70%,  par la qualité de la semence, la qualité de la variété. C’est la raison pour laquelle, conscient de cet enjeu, le gouvernement, dans la perspective de la mise en œuvre de l’agriculture de seconde génération, s’emploie à mettre la bonne semence à la disposition des producteurs. Dans cette optique, l’Etat a, entre autres, mis en place depuis 2005 un Fonds semencier au sein du Minader. Il a pour objectif de soutenir le développement de l’activité semencière, la recherche en matière de semence et la préservation des semences locales. La campagne actuelle de distribution des semences et plants, lancée à Limbé par le ministre le 12 mai dernier, nous oriente sur un indicateur de référence. A savoir que, plus de  232 000 kg  de semences de maïs ont déjà été distribués dans la partie méridionale pour environ 11 600 hectares emblavés ; 3 000 000 de rejets de bananier plantain sont progressivement mis à disposition des producteurs et plus de 12 millions de plants de cacaoyers sont en cours de distribution. Et la liste n’est pas exhaustive. Cependant, nous constatons que, malgré les efforts et les réalisations susmentionnés, la demande des semences agricoles reste largement supérieure à l’offre. Le défi majeur et actuel est de parvenir à mobiliser suffisamment de semences de qualité pour satisfaire les attentes du maximum de producteurs agricoles. Dans cette perspective, notre département ministériel, avec l’appui financier de certains partenaires financiers et techniques, travaille à la réhabilitation des fermes semencières, au renforcement des capacités des acteurs privés et étatiques et, surtout, à l’élaboration d’une politique semencière nationale, assortie d’un plan d’actions couvrant une période de cinq ans.
A chaque campagne, le ministère  distribue des semences aux agriculteurs. Est-ce à dire que ces derniers  ne peuvent  pas trouver eux-mêmes de la bonne qualité sur le marché ?
Je dois souligner, avant tout, qu’il existe une loi semencière n° 2000/014 du 23 juillet 2001, portant activité semencière, qui dispose que le MINADER est appelé, entre autres, à jouer le rôle de promotion de la production et de l’utilisation des semences certifiées ou sélectionnées. Ceci étant, c’est à travers les projets et programmes que le MINADER opérationnalise et exécute cette mission. Au plan pratique, les semences que distribue le MINADER proviennent des producteurs privés avec lesquels les responsables  desdits projets signent des contrats de production et d’achat des semences et plants produits.  
Les producteurs et même les scientifiques se plaignent de ce que les résultats de la recherche camerounaise en matière de semences de qualité ne sont pas suffisamment vulgarisés. Pourquoi ?
La chaîne de valeurs de la filière commence en amont, avec la recherche. Cela veut dire que si la recherche agricole ne crée pas, ne met pas ses résultats à la disposition  du  MINADER, chargé de la vulgarisation, notre département ministériel ne pourra pas vulgariser. Nous avons au moins trois conventions en vigueur dans les filières palmier à huile, maïs et bananier plantain, avec la recherche. En d’autres termes, tout ce que nous vulgarisons provient de la semence de pré base fournie par la recherche agricole du Cameroun. Ceci revient à dire que le problème n’est pas celui de manque de vulgarisation mais de l’insuffisance des moyens financiers nécessaires pour permettre au MINADER de produire suffisamment de semences et les mettre à la disposition des producteurs. En 2016, les estimations révèlent que seuls 30 % des producteurs utilisent les semences améliorées contre 70 % qui prélèvent leurs semences dans leurs propres fermes. Enfin, au delà de la disponibilité des semences en quantité, le Minader fait face aux problèmes de la disponibilité de la ressource humaine formée dans ce domaine  technique que constitue la vulgarisation des résultats de la recherche agricole.
Propos recueillis par Jocelyne NDOUYOU-MOULIOM