Le FEICOM finance, au profit des Collectivités Territoriales Décentralisées, un nombre très important de projets dans le domaine de l’alimentation en eau potable (AEP). Sur la période 2006 à 2016 ce sont 304 projets réalisés pour un coût de 25,6 milliards de FCFA.

mayo baleo

L ’alimentation en eau potable répond à un besoin fondamental des populations et a été consacrée par les Objectifs de Développement Durable des Nations Unies. Elle constitue un service public par excellence bien qu’elle puisse être concédée au secteur privé.

Pour les petits ouvrages en particulier, puits, forages et mini réseaux de distribution, les incidents de fonctionnement, la dégradation ou la suspension du service du fait des pannes ou de la mauvaise qualité de l’eau constituent autant de manquements graves pour une collectivité. Ils appellent la mise en place de dispositifs de suivi et d’intervention efficaces pour éviter toute pénurie.

Plusieurs audits menés sur le terrain par la direction générale du FEICOM ont relevé des situations préoccupantes concernant le fonctionnement effectif et la qualité de réalisation des ouvrages dans plusieurs localités. Ce sont des chantiers en friche que les prestataires ont abandonné, des pompes en panne sur lesquelles sèche le linge ou des fontaines aménagées de façon sommaire et ceinturées de mares d’eau boueuses.

Les constats faits sur le terrain permettent de relever trois grands types de causes qui correspondent aux phases d’étude, de mise en œuvre et d’exploitation des ouvrages. La réalisation des études géophysiques est incontournable pour des forages, mais elle permet seulement d’identifier, dans un secteur donné, les points de fractures dans la roche qui permettent de positionner les ouvrages dans des endroits où les chances de trouver de l’eau sont les plus élevées. Une mauvaise étude géophysique pourra se solder par un forage au débit nul ou insuffisant.

De même, le positionnement de l’ouvrage a un lieu prédéfini comme un carrefour ou un bâtiment précis, pourra se solder par un échec si la présence de la ressource en eau n’a pas été confirmée à cet endroit. La qualité de la mise en œuvre concerne d’une part, la réalisation des travaux de génie civil comme la formation, la réalisation du cuvelage des puits, des aires de puisage ou des réservoirs et, d’autre part, la qualité des équipements électromécaniques, la tuyauterie, des vannes et des accessoires vendus dans le commerce. Ainsi, les travaux de mise en œuvre doivent être étroitement suivis malgré la simplicité de certains ouvrages comme les puits, tandis que l’origine des appareils et matériaux achetés doit être vérifiée pour éviter des malfaçons préjudiciables au bon fonctionnement des installations. La phase d’exploitation du service constitue l’objet même des investissements. Mais pour les petits ouvrages, elle est le plus souvent laissée au seul soin des riverains bénéficiaires, mal outillés pour en assurer la maintenance.

Il est donc loisible de constater, presque partout, que les mécanismes des pompes ne sont jamais graissés. Il en va de même pour les joints et pièces d’usure des appareils et des tuyauteries qui doivent être démontés et remplacés régulièrement. Des installations dont le coût de réparation s’élève à quelques dizaines de milliers de francs sont ainsi régulièrement laissées à l’abandon. La fourniture d’eau potable à la population exige donc qu’une rigueur particulière soit accordée aux études préalables qui permettent de préparer les devis, le choix des équipements et les modalités de mise en œuvre. Le suivi de la mise en œuvre est également très délicat car il faut se rassurer que les entreprises réalisent les ouvrages conformément aux prescriptions du dossier d’appel d’offres.

A défaut, on assiste à une dégradation rapide des infrastructures. Enfin, le volet exploitation constitue un enjeu majeur pour les Collectivités Territoriales Décentralisées qui doivent assurer la continuité du service en mettant en place des dispositifs efficaces de suivi, d’entretien et de maintenance.

Le suivi pour connaître l’état du patrimoine et planifier son exploitation, son entretien et l’encadrement des populations bénéficiaires dans l’utilisation durable des ouvrages. L’entretien pour permettre l’accès à tous à une ressource de qualité en nettoyant régulièrement le matériel et les abords et en effectuant des analyses de l’eau auprès des laboratoires agréés pour réaliser des traitements chaque fois que de nécessaire.

La maintenance pour remplacer les pièces d’usure et réparer les pannes avant qu’elles ne s’aggravent. Pour mutualiser ces activités, certaines Communes ont mis en place une Intercommunalité telle que le Syndicat des Communes du Mbam et Inoubou (SYCOMI ) dans la Région du Centre. Ces initiatives visent à partager un personnel technique hautement qualifié et prélever les contributions des utilisateurs pour garantir le bon fonctionnement du service d’entretien et de maintenance. C’est un exemple à suivre. Jean-Aloïse BIWOLE