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Societe
Jeanine FANKAM | 12-03-2018 08:06

  Pr. Gloria Ashuntang, Néphrologue, responsable du Centre d’hémodialyse de l’Hôpital général de Yaoundé.

Quelle est la situation générale des maladies rénales aujourd’hui au Cameroun, au-delà du cas spécifique des femmes?

Partout dans le monde, les maladies des reins sont de plus en plus fréquentes. Au Cameroun, très peu de statistiques existent. Toutefois, des études parcellaires ont été faites et indiquent qu’à peu près 13,4% des cas d’hospitalisation dans la région où l’enquête a été menée concerne les maladies rénales. Dans cette même région, l’insuffisance rénale chronique touche plus la population rurale qu’urbaine.

L’actualité a été récemment marquée par l’agitation des patients pour cause de rupture des soins de dialyse et l’étroitesse des centres de soin. La situation est-elle meilleure ?

Les maladies des reins ne doivent pas être réduites à l’offre de la dialyse. Une journée consacrée aux maladies des reins sert davantage à prévenir. Non seulement ces maladies sont fréquentes, mais elles causent beaucoup de décès. Je ne vais pas vous cacher que la prise en charge de ces pathologies est onéreuse. Il faut donc miser sur la prévention.  Il faut mener une vie saine en contrôlant ce qu’on mange, en faisant des exercices physiques, en mangeant peu de sel et peu de sucre. Il faut contrôler régulièrement sa tension artérielle, éviter les prises de médicaments douteux même ceux qu’on prétend être naturels. Le tabac, l’obésité, le vih, détruisent les reins. Il faut faire les visites de routine pour s’assurer que tout va bien. Cela ne coûte presque rien.

La politique de prise en charge des pathologies rénales au Cameroun est-elle conséquente par rapport aux coûts de prise en charge et le nombre croissant des patients ?

Le Cameroun a pris conscience très tôt. En 2000, la dialyse a été subventionnée. Les malades paient 5 000F par séance au lieu de 120 000F, (Chaque patient a besoin de deux à trois séances par semaine, Ndlr). En Afrique, très peu de pays ont cette politique. Jusqu’en 2007, il n’y avait que deux centres d’hémodialyse au Cameroun : Yaoundé et Douala. En décembre de cette année-là, un texte du chef de l’Etat a créé un centre dans toutes les régions du Cameroun. Certaines régions comme le Centre ont deux centres. Bien plus, il y a des programmes spécifiques pour réduire le paludisme, le vih, le diabète, la diarrhée, etc. Quand ces maladies reculent, l’insuffisance rénale aigüe recule aussi. Le Cameroun est en train de développer une politique admirable pour la dialyse.  Récemment, les malades ont revendiqué l’augmentation des équipements. C’est fait. Depuis environ deux semaines, les hôpitaux généraux de Douala ont reçu chacun 25 nouvelles machines dans leurs centres de dialyse. Les travaux d’amélioration du cadre des soins vont bientôt être lancés. Ce n’est pas un petit investissement, croyez-moi. L’Etat est aussi en train de s’impliquer pour rendre la greffe rénale accessible. Il participe à la payer à l’étranger et à évacuer le malade demandeur. Le cadre légal pour la greffe rénale est déjà préparé par le ministère de la Santé publique. Le Cameroun est en avance sur ce volet là et les pays comme le Sénégal et le Ghana se sont approchés du Cameroun pour copier leurs politiques de santé rénale à partir de notre modèle. Il y a des Camerounais résidant à l’étranger qui viennent faire leur dialyse au Cameroun. Nos centres accueillent les malades qui viennent pour des réunions internationales ici. En Tunisie, le tourisme hospitalier s’est développé à partir de la dialyse.