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Le casting de votre dernier film, « Le serpent de bronze » affiche des comédiens comme Gohou de la Côte d’Ivoire et Souké et Siriki du Burkina Faso. Pourquoi était-ce important de les avoir sur ce projet ?

J’avoue qu’au départ, j’ai pensé que ma démarche vers ces acteurs célèbres dans le domaine du cinéma africain allait être très difficile. A ma grande surprise, il n’en était rien. Ce sont des professionnels et le sujet les a intéressés. Ils ne m’avaient jamais vu avant mais ils connaissaient déjà mon travail, que ce soit « Le Blanc d’Eyenga 1 et 2 », « La patrie d’abord !!! », qui a été projeté au Cameroun mais aussi à l’international, notamment au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Ils ont eu le temps de se renseigner et de se rendre compte du professionnalisme avec lequel nous travaillons malgré le manque de moyens. Ils ont également perdu des êtres chers, car la réalité que nous vivons dans nos hôpitaux à Douala ou à Yaoundé est la même dans leurs pays. Le film est devenu un projet panafricain, qui a fédéré des talents d’un peu partout sur le continent, comme du Togo, du Nigeria et de la Centrafrique. Pour Gohou, Souke et Siriki, les rôles étaient taillés sur mesure.

Après « La patrie d’abord !!! » vous revenez avec un film qui encourage la dévotion à sa nation. Cette idée semble vous intéresser particulièrement…

En tant que cinéaste, je pense que l’un des plus gros problèmes que nous avons dans notre pays c’est le manque de patriotisme. J’ai tenu à présenter des modèles pour notre société, des gens qui sont prêts à donner leur vie pour les autres. Et aborder le cadre de la médecine me permettait de dévoiler ce médecin qui a vraiment existé, qui est jeune, qui est mort à la trentaine parce qu’il s’est consacré à sa profession. En racontant son histoire, j’ai pu brandir le patriotisme de manière plus concrète. En mêlant fiction et réalité, j’ai pu rendre hommage au Dr Ben Fayçal. Il est mort en donnant sa vie pour ses malades. Je souhaite influencer davantage les Camerounais, et particulièrement ma génération. Nous avons une belle patrie, et nous devons tout faire pour ne pas la perdre. Il nous faut garder la paix et redorer notre blason grâce aux valeurs de respect, d’amour pour les autres.

Pour financer vos films, vous avez souvent eu recours au financement participatif et à d’autres méthodes expérimentales. Etes vous parvenu à trouver un équilibre pour financer vos films ?

Le financement participatif n’a jamais marché en réalité, et à présent je me trouve obligé de m’endetter pour pouvoir faire des films. Cette situation a tendance à nous mener au découragement, sans compter la piraterie qui est ambiante, le manque criard de salles de cinéma, une distribution inexistante. C’est à nous de trouver les moyens pour faire des repérages, tournages, montages, et même la sortie en salle. Il y a quelques entreprises qui essayent de donner un coup de main, mais cela reste très faible car le cinéma coûte cher. En plus, faire venir des acteurs de l’extérieur c’est encore plus complexe. Cela nous donne l’opportunité de saluer les mécènes qui croient en nous, qui nous aident matériellement et financièrement.