Economie

Jean Marie NZEKOUE | 17-08-2017 14:02

kumba manfeee

COMMENTAIRE

« Je suis parti l’autre jour de Douala à Ikom (Nigeria) à bord d’un car de transport public ». Cette affirmation entendue de la bouche d’un vendeur de pièces détachées installé à Yaoundé a de quoi surprendre toute personne non avertie. Et pourtant, elle renvoie à une réalité peu connue : la réhabilitation et l’extension du réseau routier dans la région du Sud-Ouest est en marche et se matérialise chaque jour à travers de nombreux chantiers lancés ici et là. Pour les conducteurs et autres usagers de la route qui n’ont pas fait de déplacement depuis belle lurette, la surprise peut être à la taille des préjugés tenaces.


   Il y a deux décennies environ, la route Limbé-Buéa-Douala était le seul corridor vraiment viable et praticable pour relier les deux rives du Mungo. A l’intérieur même de la région, l’insuffisance des routes et ouvrages d’art ainsi que leur mauvais état  participaient davantage à l’isolement des localités les unes des autres, rendant par conséquent aléatoire le déplacement des personnes et des biens.

L’auteur de ces lignes se rappelle tout le calvaire qu’il fallait endurer sur plusieurs jours à une certaine époque pour partir de Limbé à Kumba et rejoindre par la suite la frontière nigériane par Mamfé. Une véritable expédition sur des pistes cahoteuses, envahies au gré des saisons par la boue ou la poussière.

Il en va tout autrement de nos jours depuis que les travaux sur le tronçon camerounais de la route Transafricaine ont été menés à bon port. En dehors de quelques portions critiques, fort réduites par ailleurs, la route « intégratrice » Mamfé-Ekok est venue mettre un terme à un cauchemar qui relève désormais du passé.

Les travaux déjà réalisés ou en cours d’achèvement ne sont pas des cas isolés. Ils viennent s’ajouter aux nombreux autres chantiers dont l’aboutissement aura contribué au désenclavement de toute la région.

Il en est ainsi du très stratégique tronçon Muéa-Kumba refait à neuf selon les règles de l’art, de la route Mundemba-Isanguele-Akpwa réhabilitée par le Génie militaire sur un linéaire de 75 kilomètres, sans oublier les chantiers de réhabilitation des voiries urbaines comme cela a été le cas dans la ville de Limbe à l’occasion de la CAN 2016.

Le plus intéressant réside dans l’impact  de ces différents chantiers sur la dynamique d’intégration au double plan national et régional. Le Sud-Ouest occupe en effet une position charnière qui en fait un carrefour naturel pour le transit et les échanges. Sur le plan national, les voies de communication modernes sont indispensables au transport des ressources agricoles, minières ou autres vers les grands centres de consommation, notamment Douala la capitale économique. Par ailleurs, il est désormais plus facile de rallier les localités de la région voisine du Nord-Ouest, en jonction avec l’axe Bamenda–Batibo-Numba-Bachuo–Akagbé déjà achevé.

Sur le plan sous régional, l’ouverture de nouvelles routes favorise déjà le commerce transfrontalier avec le Nigeria. Dans tous les cas de figure, la dynamique d’ouverture de la région du Sud-Ouest vers l’extérieur participe du grand projet d’intégration des territoires camerounais par les infrastructures de transport et de communication. Elle s’inscrit par ailleurs dans la dynamique de l’intégration africaine, partie intégrante du processus d’une mondialisation assumée. Ici comme ailleurs, la route s’impose comme la voie royale vers le développement économique et le progrès social.